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SPORTIVES : EVITEZ LES FUITES URINAIRES

- Alain BOURCIER et Stéphane CASCUA - SANTE.SPORT.MAG - Juin 2009

Trente pourcents des sportives se plaignent de fuites urinaires et seulement dix pourcents des femmes jeunes sédentaires.

Osteopathe Pourquoi cette différence ? Quelles sont les solutions ?

L’incontinence urinaire de la femme reste de nos jours un symptôme non déclaré et donc sous-évalué. Elle toucherait 40 à 60% des mamans. Il existe plusieurs types de perte d’urine. L’incontinence d’effort se définit comme perte involontaire d’urine lors d’efforts dans la vie courante tels que les éternuements ou la toux. Elle est provoquée par une augmentation brutale de la pression dans l’abdomen, donc très en relation avec les activités physiques qui augmentent toujours cette poussée vers le bas. Elle peut survenir pendant la course, les sauts et les soulèvements de charges. L’impériosité se définit comme un désir soudain, impérieux et irrépressible d’uriner même une faible quantité d’urine. Elle apparaît dans certains paroxysmes émotionnels tels que les fous rires, la peur, ou l’orgasme. Souvent ces deux symptômes s’associent, on parle d’incontinence mixte.

Plus de sport, plus de fuites

Les études portant sur les conséquences de l’activité sportive sur le périnée en général et en particulier sur l’incontinence urinaire sont très récentes. Rappelons que le périnée est un groupe musculaire qui soutient tous les organes du petit bassin chez la femme (vagin, vessie et rectum). Il se contracte volontairement. Il subit des dommages après les accouchements par voie naturelle, la ménopause et certaines interventions chirurgicales. Il existe des prédispositions familiales et des anomalies anatomiques de naissance.

La pratique d’un sport, qu’elle soit occasionnelle ou assidue est un facteur de risque d’incontinence. L’exercice révèle les faiblesses anatomiques du périnée féminin. L’activité physique peut faire apparaître les fuites ou aggraver les symptômes préexistants. L’incontinence urinaire d’effort amène 20% des femmes à arrêter le sport. Quarante pourcents de celles qui continuent changent de discipline. Les autres ont recours à une protection pour poursuivre leur activité préférée.

Votre sport préféré favorise-t-il l’incontinence ?

Bourcier a classé les sports en fonction de la pression abdominale qu’ils provoquaient. Il en a déduit leur agressivité pour le périnée et leur propension à provoquer des fuites urinaires. Certaines disciplines plus que d’autres créent des forces verticales plus importantes. Par exemple, la pression en position debout ou à la marche peut être multipliée par 10 au cours d’un saut

QUEL SPORT ? QUEL RISQUE ?

Les sports à haut risque : athlétisme (saut de haies/ en hauteur, triple saut) ; gymnastique (exercices acrobatiques, barres asymétriques, trampoline) ; basket-ball, volley-ball ; équitation ; sports de combat.

Les sports à risque modéré : tennis ; ski ; jogging.

Les sports à faible risque : natation ; vélo ; patinage ; roller ; golf.

Lors des activités sportives, la contraction des abdominaux et les à-coups s’associent pour augmenter la pression abdominale. Ce mécanisme peut expliquer la raison pour laquelle on assiste de plus en plus souvent à des descentes d’organes même chez les très jeunes femmes et sans enfants. Généralement ces femmes pratiquent soit un « sport à haut risque » ou une activité autre qui dépasse 5 heures par semaine. Cette hypothèse fournit une explication possible à la recrudescence de symptômes tels que les bruits d’air vaginaux et l’eau qui coule après une immersion dans l’eau.

Comment éviter les fuites ?

Si vous êtes concernées par des petites fuites urinaires lors de la pratique de votre sport préféré, il faut trouver une solution à ce désagrément ou choisir une autre activité où le corps est porté et les efforts mieux répartis et moins violents. Ainsi sont recommandés la natation, le cyclisme, la marche, le yoga, le roller, les bons abdominaux qui s’effectuent en creusant le ventre sans appui sur le périnée ou encore la gymnastique douce. Quoi qu’il en soit, en début de traitement, il est recommandé de choisir une protection discrète et efficace. Spécialement conçue pour éviter les odeurs.

Musclez correctement vos abdos

Dans son livre « Abdominaux : arrêtez le massacre » Dr De GASQUET écrit qu’il faut arrêter Les « mauvais abdos » qui amène le ventre en avant et vers le bas. Elle ajoute qu’il est nécessaire renforcer les muscles du périnée. Elle souligne le rôle de la respiration et remarque que « si les efforts sont faits avec les poumons pleins, l’air pousse sur les organes de l’abdomen et le périnée. En conséquence, les exercices de renforcement des abdominaux doivent toujours s’effectuer en soufflant doucement et en rentrant le ventre.

Musclez votre périnée

Pour lutter contre les fuites, contractez 10 fois votre périnée, 3 à 5 fois par jour. Faites comme si vous vouliez vous retenir d’uriner. Posez une de vos mains sur votre ventre et assurez vous que vos abdominaux ne se contractent pas. Vous devez sentir votre entre-jambe remonter légèrement. Essayez de reproduire ce verrouillage lors des activités physiques contraignantes et lors des gestes sportifs à risque.

Consultez votre gynécologue, Travaillez avec un kinésithérapeute spécialisé.

Si vous rencontrez des difficultés à intégrer ces mouvements ou si ce travail se révèle insuffisamment efficace pour venir à bout de vos fuites urinaires, consultez un spécialiste. Il fera point sur les différentes causes possibles. Le plus souvent, il vous prescrira de la rééducation qui sera réalisée par un kinésithérapeute rodé à ces techniques. Ce dernier vous aidera à prendre conscience de cette zone anatomique souvent mal intégrée à votre « schéma corporel ». Grâce à la présence de capteurs locaux, vous visualiserez sur écran la force de contractions des muscles de votre périnée, c’est la technique du Biofeedback. Voilà qui vous servira à dissocier contraction du périnée et des abdominaux. A l’aide de petits courants électriques, il stimulera plus précisément les muscles nécessaires au renforcement du plancher de l’abdomen, c’est l’électrostimulation. Après initiation, bon nombre de ces appareils peuvent être loués ou achetés pour continuer à travailler à la maison.

Tentez les programmes conçus pour les sportives

Dans des cas plus sévères, il vous est possible de bénéficier du « MAB program ». Il s’agit d’une méthode dérivée du biofeedback. L’appareil mesure à distance les forces de contraction du périnée lors des exercices physiques. Les informations recueillies sont transmises à un ordinateur qui exprime, via un écran de contrôle, les données en temps réel. Ainsi, vous pouvez adapter et doser votre verrouillage du périnée.

La « « Femina Gym », est une méthode originale mise au point par des professionnels de santé. Elle concilie les impératifs de conservation du tonus périnéal et l’amélioration de la condition physique. Elle combiner gymnastique, exercices de yoga et aérobic, avec intégration du verrouillage périnéal. La « Femina Gym » se pratique en groupe et il existe plusieurs niveaux. La patiente peut progresser en fonction des résultats obtenus.

Parfois une opération s’impose

Si une rééducation ciblée et assidue reste inefficace, si vous êtes très gênée par vos fuites urinaires lors de votre vie quotidienne et pendant le sport, une intervention peut-être envisagée. Après l’opération, la récidive est plus fréquente chez la femme sportive du fait des pressions exercées vers le bas surtout lorsqu’elle pratique les disciplines à haut risque. Cependant, la chirurgie peut être proposée aux femmes qui ne souhaitent pas changer d’activité physique et qui respecteront quelques règles de bon sens : cessation de toute activité pendant un mois ; éviter la répétition des sauts ; la reprise de la rééducation en centre très spécialisé pour celles qui restent avec une faiblesse périnéale.

Continuez à faire du sport

Les bienfaits du sport ne sont plus discutés actuellement et on connaît les effets positifs sur le système cardio-vasculaire, les os et les articulations. Si le choix d’un sport est affaire de cas individuel, il faut cependant privilégier les disciplines d’endurance sans trop d’impacts telles que la natation, la marche, le vélo, le roller et la gymnastique douce. Pour celles qui souhaitent pratiquer d’autres activités, il serait préférable de réaliser un bilan périnéal puis proposer, si nécessaire, une rééducation préventive. Idéalement, ces techniques devraient aussi être intégrées aux programmes de remise en forme et dans l’entraînement des femmes sportives.