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LES LESIONS DU MENISQUE

- Docteur Stéphane Cascua - France Football - Avril 2002

Vous avez mal dans le genou. Souvent, à la fin de l’entraînement, il gonfle. Vous avez l’impression de ne pas pouvoir le tendre à fond, il bloque un peu.

Il s’agit peut-être d’une lésion méniscale. Le doc de «France football » vous explique comment reconnaître cette blessure et comment la soigner !

Un ménisque, c’est quoi ?

Le ménisque est une petite cale située entre les deux os du genou. En haut se trouve le fémur, l’os de la cuisse. En bas, il y a le tibia, l’os de la jambe. Le bas du fémur est plutôt rond et le haut du tibia apparaît beaucoup plus plat. Ces deux os ne s’encastrent pas bien. Les ménisques qui permettent un meilleur emboîtement du tibia sur le fémur. Il existe deux ménisques dans chaque genou. L’un d’eux se situe à la face interne du genou, en face de l’autre genou, c’est le ménisque interne. L’autre est placé du coté externe, c’est le ménisque externe. Avec leur forme de croissant de lune, il fond le tour de l’articulation et ils sont nettement plus épais en périphérie.

Quel est le rôle des ménisques ?

Les ménisques, comme les «virages relevés » d’un circuit automobile évite les sorties de route des voitures de course, ils stabilisent le fémur sur le tibia . Leur forme spécifique permet aussi de mieux répartir les pressions. Grâce au ménisque, le poids du corps passe par toute la surface du tibia. S’ils n’existaient pas, une seule portion des plateaux tibiaux serait comprimée, les contraintes mécaniques y seraient bien plus importantes et l’usure bien plus précoce ! De plus ces structures ont une consistance légèrement élastique qui contribue à l’amortissement des chocs.

Comment s’abîmer un ménisque ?

Puisque les ménisques contribuent à maintenir le genou, ils sont parfois léser lors des mouvements anormaux de cette articulation. Au cours d’une entorse, il arrive que le fémur tourne et glisse violemment sur le tibia. Il vient parfois écraser les rebords externes du ménisque. C’est la fissure méniscale. Cette lésion peut également survenir plus sournoisement. La répétition de brusques changements de direction peut endommager le ménisque. Parfois même, il suffit d’un simple accroupissement pour écraser toute sa partie arrière.

Il existe un autre type de lésion méniscale car toute sa périphérie est collée aux ligaments qui bordent genou. Ces cordelettes reliant le fémur au tibia sont, elles aussi, malmenées lors des entorses. Elles sont sèchement étirées et souvent le point d’accrochage avec le ménisque se déchire. C’est la désinsertion méniscale.

Comment reconnaître une lésion méniscale ?

Vous souffrez du genou. Souvent, vous avez été victime d’une entorse quelques temps auparavant. Parfois, aucun traumatisme évident n’est retrouvé : peut-être vous accroupissez-vous tous les matins pour aller chercher vos chaussettes dans le tiroir situé en bas de la commode !

Votre genou gonfle un peu. Au niveau de la fissure, il existe désormais une irrégularité sur le revêtement articulaire. Dès que la roue du fémur passe sur ce nid de poule, l’articulation souffre. Pour essayer d’améliorer le fonctionnement du genou, l’organisme tente de lubrifier le mécanisme. L’enveloppe entourant l’articulation produit plus d’huile, elle sécrète de la synovie. C’est le fameux «épanchement de synovie ».

Votre genou peut se bloquer. Le plus souvent la gène est modérée : vous avez du mal à le tendre à fond. Parfois, le phénomène est spectaculaire. En plein entraînement, sur un geste anodin, votre articulation reste coincée : impossible de déplier votre genou, vous êtes bloqué en flexion. Un traitement d’urgence s’impose. Dans ces deux circonstances, le morceau de ménisque fissuré s’est déplacé dans l’articulation. Il empêche le passage du fémur sur le tibia.

Faut-il faire des examens complémentaires ?

En l’absence d’accident de blocage caricatural, il est indispensable de confirmer la lésion. Le traitement chirurgical ne peut s’envisager qu’en cas de certitude diagnostique. L’examen le plus adapté est l’arthrographie. Etymologiquement «arthro » signifie «articulation » et «graphie » veut dire «écriture » : il s’agit donc d’un «dessin de l’articulation ». En effet, à la radio, seuls les os apparaissent et les ménisques sont invisibles. Pour les mouler, il faut injecter un produit blanc dans l’articulation. Il pénètre dans les fissures ou les désinsertions. Ces lésions sont alors bien mises en évidence.

Comment soigner votre lésion méniscale ?

Les désinsertions et les fissures du ménisque ne se traitent pas de la même façon. En effet dans le premier cas, la blessure est comparable à une entorse. Les filaments reliant le ménisque au ligament sont déchirés. Dans cette membrane bordant l’articulation passent des vaisseaux sanguins : ils apportent tous les éléments nécessaires à la cicatrisation. Le plus souvent, la désinsertion méniscale guérit si on traite l’entorse par une attelle et de la rééducation.

En revanche, la fissure méniscale se situe plus en profondeur. Les vaisseaux ne s’enfoncent pas autant dans l’articulation. Mal nourri à ce niveau, le ménisque ne peut pas cicatriser. Il faut alors enlever le morceau écrasé et fissuré qui gène le fonctionnement de l’articulation. Ce traitement est réalisé par «arthroscopie ». Cette fois, étymologiquement «scopie » signifie «vision ». L’arthroscopie permet de voir l’articulation en direct. Au bloc opératoire, on fait deux trous dans le genou. Le premier permet le passage d’un tube de fibres optiques : le chirurgien voit l’intérieur de votre genou à la télévision. Le deuxième autorise le passage des outils nécessaires au nettoyage de votre lésion méniscale. Bien que les suites soit, le plus souvent simple et rapide, il s ‘agit d’une véritable opération. Elle est utile pour le traitement de la fissure méniscale mais ne doit pas être employé pour faire le diagnostic.

Quelles sont les conséquences du traitement chirurgical ?

Seule la portion fissurée du ménisque est enlevée. Le chirurgien tente ainsi de conserver un maximum d’épaisseur au ménisque et de lui redonner sa forme surélevée de chaque coté. Même si les qualités mécaniques de ce ménisque résiduel ne sont pas rigoureusement identiques à celles du précédent, on limite considérablement le risque de dégradation articulaire.

Combien de temps après l’intervention peut-on reprendre le foot ?

Classiquement, 6 à 8 semaines sont nécessaires. Comme vous l’avez compris, votre articulation ne fonctionne plus tout à fait comme avant. Il faut laisser à votre genou le temps de s’habituer. A l’issu d’un geste sur le ménisque interne, la récupération tourne autour de 6 semaines. Après lésion du ménisque externe, il faut compter 2 semaines de plus. A ce niveau, l'articulation du genou s’emboîte encore moins bien et l’adaptation est plus longue. Deux jours d’hospitalisation sont habituels. Ensuite vous êtes gênés dans la vie quotidienne pendant une bonne semaine. Vous pouvez et vous devez marcher. Vous n’avez aucune immobilisation mais il ne faut pas trop plier le genou. La prudence s’impose dans les escaliers. Selon les habitudes de votre chirurgien vous débuterez la kinésithérapie plus au moins rapidement. Toujours est-il qu’il ne faut absolument pas reprendre le foot avant un minimum de rééducation et d’entretien physique. Là encore, la natation, le vélo puis, plus tardivement, le footing prennent une place de choix pour préparer votre grand retour !

La question

Pourquoi les coups sur le tibia sont-ils si douloureux alors que souvent, on ne voit ni bleu, ni gonflement et que les radios apparaissent toujours normales ?

Un choc violent à l'avant de la jambe provoque un saignement à l’intérieur de l’os. Bien sûr, cette structure rigide ne se déforme pas, ne gonfle pas. Le sang ne coule pas sous la peau et on ne retrouve pas d'ecchymose. En revanche la pression dans le cylindre osseux augmente considérablement … et vous a avez mal ! Souvent, il existe également des fractures microscopiques dans les mailles qui constituent l’architecture profonde de l’os. L’ampleur de ces lésions confirme tout l’intérêt des protège-tibias. Cependant, vous pouvez continuer à garder le forme ou à vous entraîner dans les limites de la douleur.

Le conseil

Evitez les étirements sur des muscles fatigués !

En vous étirant après une séance dure, vous ne choisissez probablement pas le meilleur moment. En effet, lors du travail musculaire intense, il se produit de nombreuses microlésions musculaires … même si vous ne percevez pas de courbatures. En tentant d’allonger vos muscles contracturés vous risquez d’aggraver les déchirures musculaires microscopiques. Les étirements se placent préférentiellement au sein de l’échauffement, à l’issu d’un dérouillage par le footing. Il faut assouplir un muscle chaud mais pas fatigué !