Le sport, c’est tuant
Qui a dit que l’activité physique était bonne pour la santé ? Certainement pas le docteur Stéphane Cascua, spécialiste de médecine sportive, qui vient de publier un livre sur le sujet.
En 1994, Elodie Lussac, l’espoir de la gymnastique française, quatre médailles d’or aux championnats d’Europe juniors en 1993, achève sa courte carrière. Cassée, à la limite de l’anorexie à force de régimes trop stricts. Brisée, par des entraînements trop longs et surtout par cette fichue fracture d’une vertèbre lombaire survenue lors des championnats du monde de Dortmund, auxquels ses entraîneurs l’avaient contrainte de participer. Souvenez-vous aussi de David Douillet, médaille d’or aux JO de Sydney, mais qui décide cette année-là de jeter l’éponge, trop éprouvé par les blessures à répétition au coude, au poignet ou au dos. Souvenez-vous enfin de l’inventaire à la Prévert égrené il y a quelque temps par le tennisman Arnaud Boetsch: trois pubalgies, une hernie, une entorse de la cheville, une tendinite à l’épaule, un pied cassé, une déchirure musculaire de la jambe…
Non, contrairement aux idées reçues, le sport n’est pas toujours bon pour la santé. Oh, pensez-vous, c’est vrai pour ces athlètes de haut niveau qui souffrent, certes, mais gagnent beaucoup d’argent! Mais pas pour nous, les joggeurs du dimanche, les abonnés des clubs de gym, les amateurs de tournois de tennis. Erreur. «C’est une hérésie de penser que faire du sport, c’est excellent pour le corps», explique le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, à Paris, qui, juste avant l’ouverture des Jeux de Salt Lake City, vient d’écrire un livre sur ce sujet (1). Le lire vous donne parfois envie de jeter illico votre short et votre vieille paire de baskets
Ainsi le sport est-il responsable de 1000 à 1500 «morts subites» par an, en France, athlètes de haut niveau compris. Soit 1 coureur de fond sur 10000! La mort subite, une fin brutale qui peut saisir tout sportif pendant ou après l’effort. Bien sûr, si vous fumez, si votre taux de cholestérol est trop élevé ou si vous êtes hypertendu, le risque est plus grand. Mais les crises cardiaques et les ruptures d’anévrisme fatales ne touchent pas seulement les esclaves de la cigarette et les amateurs de bonne chère. Prenez le cas d’Eric, 23 ans, qui dispute son premier marathon à Paris. Il s’est entraîné tout l’hiver, régulièrement. A mi-parcours, il se sent bien. «Attention, prévient son ami Etienne, tu vas trop vite!» Quelques minutes plus tard, Eric est saisi de violents maux de tête, chancelle, s’effondre et perd connaissance. Le Samu, toujours présent lors de ces grandes manifestations, lui sauvera la vie. Mais si Eric avait été victime de cet accident le soir, à l’entraînement…
Le golfeur, qui pense pratiquer un sport sans risque, est-il épargné par ces soucis de santé? Non. En enchaînant les swings, il peut être victime, au niveau des côtes, de «la fracture de fatigue», qui survient sans prévenir quand trop de petites microfissures ont attaqué l’os, au fil des ans. Car, sachez-le, le sport n’épargne aucune partie de votre corps. Ni le dos – les amateurs de tennis connaissent ces coups de banderille dans le dos, signes précurseurs d’une sciatique – ni les intestins. Un exemple, cité par Stéphane Cascua: Sylvie, qui participe à sa première course en montagne, dans les Pyrénées. Avant le départ, stressée, elle se sent barbouillée. Peu de temps après le coup de feu du départ, la jeune femme souffre de spasmes. Plus loin, elle est obligée de s’arrêter, en proie à de violentes diarrhées. Effrayée, elle découvre du sang. Elle termine quand même sa course, avant de s’effondrer à l’arrivée. Diagnostic du médecin: «infarctus mésentérique». A l’hôpital, on amputera Sylvie d’une partie du tube digestif. Attention! Fanatiques de farniente, pourfendeurs des amoureux du VTT, ne vous réjouissez pas pour autant.
Selon Stéphane Cascua, les poignées d’amour peuvent entraîner chez les hommes infarctus et crises cardiaques. Le sédentaire court deux fois plus de risques de faire un infarctus qu’un sportif. Comme il manque de muscles, son dos finira par le faire énormément souffrir. La jeune femme qui fuit les salles de gym va tout droit vers l’ostéoporose, cette maladie qui ronge les os après la ménopause. Enfin, un médecin américain qui s’est penché pendant plus de dix ans sur la santé de 20000 sédentaires et sportifs a constaté que ces derniers avaient deux fois moins de cancers du côlon.
Bref, on peut avoir un esprit sain, dans un corps sain. A certaines conditions. Quels sont les conseils de Cascua? D’abord, consulter un médecin. Il vous guidera vers les disciplines qui vous conviennent. Ainsi, pour protéger vos os, mieux vaut faire de la course à pied plutôt que du vélo. Pour éviter les troubles du tube digestif, faites de la marche ou de la bicyclette. Mais surtout, ne forcez pas le rythme. Allez-y progressivement et régulièrement. Trois fois par semaine, pendant une demi-heure à une heure. Et diversifiez vos activités, selon vos aptitudes physiques. «Cela divise les risques», affirme Cascua. Un dernier conseil: si vous êtes un habitué des siestes et des hamacs, ne vous jetez pas sur un VTT, pour une balade de 40 kilomètres. Le risque que vous courez d’en finir brutalement serait alors beaucoup plus élevé que celui encouru par un sportif qui a appris à doser sa pratique.
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