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LA PREPARATION DE NICOLAS PROST : UN EXEMPLE A SUIVRE !

- Docteur Stéphane Cascua - SANTESPORTMAG - Septembre 2009

Nicolas, vous êtes pilote GT2 (grand tourisme 2) et prototype. Quelle est la part du physique dans votre performance ?

OsteopatheElle est très importante et s’accroît nettement à haut niveau. Plus les voitures vont vite, plus votre corps encaisse l’inertie du freinage et la force centrifuge en courbe. C’est ce qu’on appelle les G dans notre jargon, en référence à la force d’attraction terrestre. Avant d’entrer dans un virage, on peut prendre jusqu’à 4 G, c’est comme si notre corps pesait 4 fois son poids soit environ 280 kilos propulsé sur le volant. Il faut être en forme !

Alors racontez-nous un peu votre préparation physique !

Elle est très variée. Il faut faire de la musculation pour résister à ce type de contraintes mais aussi travailler son endurance pour les assumer tout au long de la course. Il est bon aussi de faire des sports plus techniques qui, comme le pilotage, répondent à des « principes mécaniques ».

En quoi consiste votre programme de musculation ?

Je pratique une bonne base de renforcement généralisé axé surtout sur le gainage. Je bosse beaucoup les abdominaux et le dos en statique pour que mon buste reste stable au freinage et en courbe. Bien sûr, je travaille également les bras notamment avec des développés couchés. Les voitures n’ont pas de direction assistée et l’inertie des virages transforme la rotation du volant en véritable exercice de musculation ! Plus spécifiquement, je renforce mes trapèzes, les muscles qui longent le cou. Contrairement au tronc, la tête n’est pas attachée à la voiture. Alourdie du poids de casque, elle subit de plein fouet les G. Alors, je tente de reproduire les contraintes de la piste en tirant avec ma tête sur un ruban élastique fixé au mur. Je réalise l’exercice dans tous les sens : sur les cotés, vers l’avant et vers l’arrière. Je sollicite également mes trapèzes de façon plus traditionnelle en soulevant les bras au dessus des épaules.

Et sur le plan cardiovasculaire, comment procédez-vous ?

Là encore, j’effectue une préparation générale et des séances plus spécifiques. Les courses GT2 dure environ 1H20 et un relais au Mans est de 3 heures. Sur circuit, ma fréquence cardiaque est légèrement inférieure à celle des autres pilotes. Elle oscille entre 140 battements par minute dans les lignes droites et 160 dans les courbes quand je dois lutter contre les G.
Pour le foncier, je fais de longue sortie vélo en endurance et du ski de fond. Pour cibler un peu plus mon entraînement, je prévois des séances de durée quasi-équivalente aux courses et j’accélère dans les côtes. Lors de mes footings, je fractionne souvent, j’enchaine 1 minute vite / 1 minute lent, pour que ma fréquence cardiaque varie de 140 à 160. Quand je manque de temps, je fais du rameur. Ainsi, je travaille simultanément le cœur, les bras, les jambes et le gainage. Néanmoins, je préfère nettement m’oxygéner la tête dans la nature.

Quels sports techniques pratiquez-vous pour vous préparer à la course automobile ?

Je ne suis pas mauvais en golf. Je pratique régulièrement le ski car j’habite en suisse. Dans ces disciplines, je tente de faire progresser mon aptitude à la concentration. J’essaye surtout d’améliorer mes perceptions et mon analyse rationnelle des trajectoires. Je pense sincèrement que je bénéficie de ce travail lorsque je suis au volant.

Après les compétitions, quelles sont vos stratégies pour optimiser votre récupération ?

J’anticipe en buvant pendant la course. Nos casques sont équipés d’un petit tuyau, genre « Camel Back ». Mais la boisson chauffe rapidement dans la canicule du cockpit. Alors je trompe cette sensation désagréable en y mettant du thé. Dès l’arrivée, je privilégie une réhydratation précoce avec des eaux minérales. Je perds environ un litre de sueur par heure passée dans la voiture mais certains de mes collègues transpirent beaucoup plus, jusqu’à 3 ou 4 litres. Je ne bois pas trop sucré. J’attends que l’appétit revienne spontanément. Dès que j’ai faim, j’opte pour un repas structuré et équilibré. Quand c’est possible, j’apprécie beaucoup un bon massage et une séance d’ostéopathie. Rien de telle pour réduire les tensions musculaires et les désordres articulaires induits les contraintes de la compétition. Dès le lendemain de la course, je prévois un peu de sport, à la sensation, pour le plaisir. Je fais un 18 trous tranquillement ou bien je vais pédaler cool. Parfois, je joue au tennis ou au foot avec des amis. J’ai vraiment besoin de ce décrassage au grand air pour récupérer dans mes muscles et dans ma tête.

Lorsque vous traversez les fuseaux horaires pour faire une course à l’autre bout de la planète, quelles sont vos astuces pour encaisser le décalage horaire ?

D’abord, je ne suis pas très sensible au jet lag. Je n’utilise pas d’artifice comme luminothérapie ou la mélatonine. En revanche, je tente de me caller sur les horaires de mon pays de destination le plus tôt possible. Dans l’avion, je m’interdis de dormir aux horaires européens. Une fois sur place, je vais courir tranquillement à l’extérieur. Comme ça, je dérouille un peu après avoir été assis tout le trajet et surtout je profite de la luminosité ambiante pour me synchroniser avec l’heure locale.