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GESTION DE LA REPRISE DU SPORT APRES ENTORSE DE CHEVILLE

- Docteur Stéphane Cascua - paru dans l’ouvrage : « GRANDS CONCEPTS ET METHODES qui ont marqué l’évolution de la traumatologie du sport ces quinze dernières années » volume 2. - janvier 2008

LE CONCEPT

OsteopatheNe pas arrêter le sport ! Proposer au sportif un programme d’entretien de la condition physique et de retour sur le terrain imposant des contraintes croissantes adaptées à l’évolution de la cicatrisation ligamentaire. Faire reprendre le sportif à son niveau antérieur le jour où la réparation tissulaire s’achève !

LES PRINCIPES

Dissocier les contraintes biomécaniques des sollicitations physiologiques grâce à l’utilisation de méthodes de musculation, de cardiotraining et de réhabilitation ciblées. Doser les premières pour participer à la mécanisation conjonctive et contribuer à la rééducation fonctionnelle. Panacher les secondes pour entretenir l’ensemble des filières énergétiques spécifiques du sport pratiqué.

L’HISTORIQUE

Dans les années 80, les délais de cicatrisation étaient considérés comme un temps de repos sportif. Les plus avant-gardistes s’aventuraient à y prescrire un peu de rééducation précoce. L’usage était d’affirmer : «Une fois la cicatrisation obtenue, on peut renouer peu à peu avec le sport et patienter au moins 3 fois la durée de repos avant d’espérer retrouver son niveau ».

L’arrivée des orthèses de cheville et l’avènement du concept de mécanisation tissulaire ont permis de cautionner la remise en mouvement des chevilles traumatisées. Ainsi, les médecins du sport sensibles à la physiologie de l’effort et formés en traumatologie ont pu tenter d’optimiser les délais de reprise sans altérer la santé. Leur professionnalisation et leur implication croissante dans les clubs sportifs de haut niveau ont stimulé cette réflexion. Autrefois, seuls la natation et le vélo fixe étaient à la disposition du thérapeute. Désormais, les salles de fitness, les kinésithérapeutes et la grande distribution proposent aux sportifs de loisir une grande variété d’appareil de remise en forme utilisable pour entretenir la condition physique en cas d’entorse de cheville.

Le vélo fixe ne mobilise que très peu la cheville, il est utilisable avec une résine ou dès les premiers jours traumatiques. Il est indiqué pour accroître l’intensité de l’entraînement notamment à l’aide de «séances fractionnées ». Plus tard, le travail en danseuse se rapproche du geste de course.

Le stepper impose une contrainte fonction du poids de corps. Le secteur de mobilisation de la tibio-tarsienne peut varier en fonction de la position du pied sur les pédales. Il est bien adapté pour renouer avec les filières énergétiques du sprint.

L’elliptique engendre un mouvement proche de la course à pied mais en charge bipodale et sans impact. L’utilisation simultanée des membres supérieurs augmente la demande d’oxygène périphérique et permet d’intensifier le travail cardiovasculaire.

Le tapis de course permet une véritable «rééducation au footing ». Il s’insère de façon croissante à la séance de cardiotraining au sein de laquelle les autres appareils sont utilisés pour l’entraînement plus intense. De plus, la surface de course est régulière et rassurante.

La natation sans pull boy n’est pas idéale car la propulsion impose un équin du pied. En revanche, l’aquagym est indiquée pour courir en décharge avec un gilet ou des «frites ». En sautant dans l’eau, elle permet de renouer avec le travail pliométrique avec l’aide d’Archimède.

Au cours des années 1980, la mise en évidence de l’origine excentrique des DOMS ou «courbatures » a motivé la conception de séances de musculation excentrique en chaîne ouverte. Ces dernières ne sollicitent pas la cheville et compensent en parti le travail essentiellement concentrique induit par les appareils de cardiotraining.

L’intérêt croissant pour le travail musculaire avec charges légères fut à l’origine de «parcours de musculation» associant renforcement généralisé et sollicitation cardiovasculaire. Ils sont particulièrement indiqués dans les jours qui suivent l’entorse de cheville.

LE DEGRE D’EVALUATION

La notion de désentraînementrapide a été validée depuis fort longtemps. Après 3 à 4 jours d’inactivité, les mitochondries réduisent leurs aptitudes oxydatives. Le débit cardiaque maximum diminue à l’issue d’une dizaine de jour sans exercice physique. Un athlète qui arrête le sport mais poursuit sa vie quotidienne retrouve une VO2 max de sédentaire en 3 mois. Alité, il lui suffit de 3 semaines pour voir disparaître le bénéfice de nombreuses années de pratique.

Sur le terrain, les protocoles d’entretien de la condition physique chez le sportif victime d’entorse de cheville apportent bon nombre de satisfactions aux entraîneurs et aux sportifs de tous niveaux. Depuis 18 mois, au centre de formation du Paris Saint Germain, chaque joueur arrêté plus de 3 semaines bénéficie, à l’issue de son programme, d’un «test de reprise ». Ce contrôle inclut : une épreuve sur tapis roulant avec détermination de la vitesse maximale aérobie (VMA), une détente verticale monopodale pliométrique droite et gauche, un test de Freeman droite et gauche, une mesure de la masse grasse ainsi qu’un « Evaluation technique de terrain » notée par le préparateur physique. L’analyse des résultats montre, le plus souvent :

une conversation voir une amélioration de la VMA probablement du fait de la forte composante aérobie du cardiotraining
une conservation parfois une petite régression de la détente verticale, toujours inférieure à 3 cm, sûrement provoquée par la limitation des sollicitations pliométriques en début de protocole.
une amélioration du test de Freeman favorisé par le travail spécifique en kinésithérapie.
une masse grasse stable ou augmentée de moins de 1,5%, en cas de mauvaise observance des recommandations diététiques.
Une « évaluation de terrain » notée à 4/5 malgré les conseils de visualisation et du fait d’un manque d’entraînement collectif.

Bien évidemment aucun groupe contrôle, ne bénéficiant pas de programme d’entretien de la condition n’a été constitué, les entraîneurs souhaitant optimiser les délais de reprise pour chacun des joueurs. Cependant, on peut imaginer que l’altération des performances serait voisine de celle mentionnée lors des études sur le désentraînement.

LES IMPLICATIONS QUOTIDIENNES

Avec 6000 entorses de cheville chaque jour en France, l’application de ce concept peut débuter demain pour bon nombre de praticiens. Au cabinet, le médecin peut guider son patient vers une activité sportive d’entretien bénéfique pour sa condition physique et sa récupération. Afin de gagner du temps, de simples conseils évolutifs peuvent suffire. Au sein des clubs de haut niveau, il est possible de concevoir des programmes de réhabilitation précis sur le plan biomécanique et physiologique. Dans tous les cas, il faut également proposer des séances de retour sur le terrain. Elles constituent un véritable travail proprioceptif spécifique.

L’AVENIR

L’avenir du concept passe par sa généralisation. En effet, il correspond à la mission du médecin du sport. Il répond à la demande du sportif blessé ou de son encadrement. En effet, il améliore la cicatrisation et la récupération fonctionnelle, il favorise ainsi une guérison sans séquelle malgré la sollicitation sportive. Surtout, il réduit les délais de reprise sans nuire à la santé !

Actuellement le cardiotraining se pratique «dans l’axe». Aussi, constatons-nous parfois une souffrance des adducteurs lors de la reprise des déplacements latéraux sur le terrain. Un nouvel appareil vient de faire son apparition. Il porte le nom de «latéral stepper ». Il reproduit le mouvement du «skating » et devrait contribuer à limiter ce désagrément.

LE POINT FORT

L’entretien de la condition physique après entorse de cheville permet de réduire les délais de reprise sportive sans nuire à la santé !