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Gérard : un sportif cardiaque qui s’ignore !

- Docteur Stéphane Cascua - Anecdote extraite de : « Le sport est-il bon pour la santé ? » Editions Odile Jacob. Poche 2008

Il y a 2 ans, Gérard a rejoint la Défense, le quartier des affaires parisien. Ce centre stratégique dresse ses tours à l'Ouest de la capitale comme un premier rempart européen à l'agressivité de l'économie américaine.

OsteopatheA 44 ans, il est heureux d'avoir changé d'entreprise pour entrer au siège d'une société concurrente. Enfin, il assume des responsabilités nationales. Mais, aujourd'hui, dans son grand aquarium, il va et vient entre ses deux plantes vertes. Parfois, il se plaque contre la vitre pour tenter de s'échapper vers le monde extérieur. Sa large baie vitrée perlée de pluie surplombe le parvis. A cette heure, les troupes en uniforme gris rejoignent les souterrains pour quitter la citadelle par les transports en communs ou les parkings. Lui est prisonnier ; le nouveau directeur général doit passer le voir. Pas de chance! Ce soir, il a promis à Philippe, son ami depuis HEC, de faire un squash. Gérard adore ce jeu physique, technique et tactique : un vrai défouloir pour cadre stressé. Voilà si longtemps qu'il n'a pas joué, il se faisait un plaisir de profiter de cette soirée ! Le rendez-vous est fixé … à 21heures. Ce n'est pas un horaire de père de famille et pourtant il risque fort de ne pas arriver à temps.

Soudain, la porte s'ouvre :

"Gérard, désolé pour le retard. J'ai dû assister à une réunion interminable et mal préparée par les financiers. Vous savez comment ça se passe : on s'étale, on digresse, les empêcheurs de tourner en rond posent des questions sans intérêt … et aucune décision concrète ne peut être prise ! J'ai donné mes directives, ça ne se reproduira plus ! "

"Ce n'est pas grave, j'en ai profité pour réfléchir sur quelques dossiers délicats …"

" Gérard, vous imaginez bien qu'il faille faire le point sur les médiocres résultats dans votre secteur … "

L'entrevue se prolonge, l'heure tourne. Gérard tente d'expliquer qu'il a trouvé une équipe démotivée par son prédécesseur. Et puis, il a bien fallu faire connaissance. Il ajoute que la concurrence d'outre atlantique est rude. En pleine guerre commerciale mondialisée, les quelques buildings de la Défense ne sont qu'une pâle riposte à la forteresse de Manhattan. Cependant, il est bien difficile de justifier des problèmes de conjoncture avec un produit dans le vent, en pleine période de croissance. Cette fois, les conclusions de cette rencontre intimiste sont plutôt pragmatiques : "Gérard, il faut des avancées rapides car de telles responsabilités ne peuvent être confiées qu'à des individus performants !"

La soirée s'annonce tendue … Heureusement, pour retrouver un minimum de sérénité la balle de squash devrait lui rappeler le visage hypocrite du directeur général. Gérard à son tour s'engouffre dans les profondes galeries de la Défense. Enfin, dans la pénombre, se reposant paisiblement dans sa stalle bétonnée, son destrier caparaçonné d'acier l'attend.

Il ne tarde pas à s'enliser dans la circulation. Comme à l'habitude, la pluie battante semble transformer le périphérique en sentier marécageux où s'embourbent les véhicules des parisiens. Les essuie-glaces font tournoyer les oriflammes rouges et blanches bordant les voitures qui l'encerclent. Il est 21 heures et … et la vision de Gérard paraît brouillée par le stress : il a horreur d'être en retard.

Le portable retentit et sort brutalement Gérard de sa torpeur anachronique. Bien sûr c'est Philippe qui lui rappelle son manque de ponctualité.

Dès son arrivée, son ami lui dit : "J'ai réservé jusqu'à 21 heures 45 …On attaque ? , le perdant offre le resto "

Stress, fatigue, absence d'échauffement, ambiance compétition ! Voilà de quoi booster un système cardiovasculaire endormi par quelques semaines de sédentarité.

En quelques minutes, la petite tête noire et caoutchouteuse du directeur général virevolte. Elle s'écrase violemment sur le parquet. Gérard la cueille dès le rebond et la frappe violemment. Giflée par le tamis, elle fuse à toute vitesse et percute de plein fouet le mur en béton.

"Quelle forme ! " laisse échapper Philippe après avoir perdu ce point décisif.

Derrière lui, appuyé sur le mur, Gérard ne confirme pas : "Non, non, je ne me sens pas bien, j'ai dû me claquer un muscle dans la poitrine, j'ai vraiment très mal, comme si … "

… Gérard s'effondre bruyamment. Philippe se précipite : " Eh ! Eh ! Gérard, ça va ? Ça va ? "

Pas de réponse ! Panique ! Philippe jaillit hors du court en hurlant. "Il y a un médecin ! " Ses cris couvrent soudain le bruit de fond qui résonne dans ce sous-sol. Les gémissements aux engagements se taisent, les halètements lors des échanges s'apaisent, les balles viennent rouler et s'assoupir sur les parquets. Les joueurs des courts voisins se précipitent et se transforment en badauds impuissants. Après quelques secondes de stupeur, l'un d'eux semble réagir : "Il faut appeler le SAMU". Philippe plonge dans son sac, éjecte sa serviette éponge et cherche son portable. "Zut, dans ce blockhaus ça ne passe pas ! " Il bondit comme un sprinteur et se catapulte dans l'escalier menant au bar et à l'accueil ! Il compose le 15 … Le moniteur comprend instantanément et dévale l'escalier. Il va tenter d'utiliser quelques vieux souvenirs de secourisme.

"Monsieur, monsieur ! " lance-t-il à son chevet. Pas de réponse, pas de respiration, pas de pouls : arrêt cardiaque ! Le prof essaye d'alterner fébrilement, bouche à bouche et massage cardiaque … mais depuis la perte de connaissance, de précieuses secondes se sont écoulées !
Sept minutes interminables plus tard, les "premiers secours" des pompiers arrivent en force. Ils prennent le relais. Ils invitent les sportifs ébahis à retourner dans les vestiaires. Seul Philippe reste à proximité pour répondre à quelques questions cruciales au sujet son ami :

"Il prend des médicaments ?"
"Non !"

"Il souffre d'une maladie ?"
"Non … je ne crois pas !"

"Quel âge a-t-il ?"
"44ans"

"il fume"
"Eh oui … pas mal !"

Tout est dit ou presque … L'écran du scope électronique n'affiche aucun battement, la petite ligne lumineuse se contente de vibrer. C'est une "fibrillation ventriculaire", le cœur fait une crampe. Rapidement, l'équipe du SAMU est aussi sur les lieux. Ils travaillent ardemment, calmement, mais avec acharnement. Quarante minutes plus tard, le réanimateur se relève et rejoint Philippe resté seul avec son angoisse dans le couloir.

"Nous avons tout fait, il n'est pas reparti"

Philippe, les yeux humides, regarde fixement le médecin, il est terrassé : "Mais … mais je ne comprends pas ! "

"Malheureusement, Il s'agit d'une mort subite du sportif tout à fait typique ! "

Le sport peut être dangereux pour le cœur !

La mort subite du sportif est le décès brutal d'un individu au cours d'une activité physique ou peu de temps après celle-ci alors qu'il ne souffrait d'aucune maladie ni ne se plaignait d'aucun symptôme …

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire « le sport est-il bon pour la santé ? » :

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